SLFF

À ma manière, je célèbre la Semaine de la langue française et de la francophonie, la SLFF, vingt-troisième du nom cette année en Suisse. Elle est organisée autour du 20 mars, qui est la Journée internationale de la Francophonie.

Je le fais en participant à autant de manifestations que je le peux. Il y en a plus de 70 en l’espace de deux semaines, un peu partout en Suisse. Le programme est alléchant. Je dois donc faire des choix, commandés par le temps que j’ai à ma disposition et la proximité des manifestations, parce que je souhaite rentrer chez moi après la manifestation. En conséquence, je vais souvent à Berne aux journées Francofilms, présentées par les ambassades de six pays, et aux conférences comme celle-ci ou comme celle-là à Neuchâtel, en regrettant de ne pas pouvoir aller voir tout ce qui est proposé à Zurich et à Lucerne.

La francophonie est vivante en Suisse, et pas seulement à Genève et à Lausanne. Les francophones de Berne, Zurich et Lucerne sont très actifs et proposent des manifestations durant toute l’année. De là à convaincre tous les Alémaniques que Franz isch a cooli Sprach, il y a un pas. Cette semaine, c’est l’occasion de le franchir..

Maison blanche

Hier soir, à Berne, dans le cadre de la SLFF, Nicole Bacharan et Dominique Simonnet ont parlé des secrets de la Maison Blanche. Je m’attendais à un exposé centré sur les deux derniers locataires du Bureau ovale, mais ils ont surtout parlé de quelques présidents du passé, Jefferson, Abraban Lincoln, T. Woodrow Wilson, Franklin Roosevelt, John Kennedy et Ronald Reagan.

Ce qui était le plus fascinant, c’était l’évocation des situations difficiles dans lesquelles ils se sont trouvés et comment ces situations ont été résolues. Je ne savais pas que Lincoln s’est rendu sur le front de la guerre de Sécession parce que ses troupes alignaient défaite sur défaite, et qu’il a passé des nuits à étudier en secret des traités de statégie militaire pour comprendre comment reprendre l’avantage. J’ignorais que Wilson, créateur de la Société des Nations, n’a jamais réussi à y faire adhérer son propre pays, ce qui a probablement facilité la montée du nazisme en Europe ensuite, ni que Churchill avait traversé l’Atlantique infesté de sous-marins allemands pour rencontrer Roosevelt et le convaincre d’entrer en guerre pour combattre Hitler, ce qui n’a eu lieu qu’après Pearl Harbour. J’ignorais également qu’au moment de la crise de Cuba, il n’y avait guère que Kennedy et Krouchtchev pour refuser la confrontation militaire, et qu’une guerre nucléaire a été évitée de justesse à ce moment-là, parce que des têtes nucléaires équipant les missiles russes avaient déjà été livrées. Je n’avais pas davantage compris que Reagan avait collaboré avec le Vatican pour soutenir la Pologne, gouvernée alors par Jaruselski qui faisait face aux revendications de Solidarnosc, affaiblissant l’URSS, qui allait bientôt disparaître.

Dans toutes ces situations, il y a eu des hommes seuls, convaincus de ce qu’ils avaient à faire, souvent en butte à l’opposition du Sénat, du Congrès et du Pentagone, et qui ont tenu le cap envers et contre tous, ou presque tous. Pour le meilleur, souvent.


Olio Fiat, ou l’amour des mots

Je ne peux pas voir quelque chose d’écrit sans essayer de le lire, que ce soit le nom des rues, les publicités ou les titres du journal que je déchiffre à l’envers quand quelqu’un le lit en face de moi.

Les mots m’ont fasciné avant que je sache lire. Je m’interrogeais sur leur sens, je posais des questions, et j’essayais de deviner quand les réponses n’était pas satisfaisantes. Dans les années cinquante, par exemple, j’accompagnais mes parents à la messe du dimanche. C’était en latin et il y avait des termes qui semblaient vouloir dire quelque chose. Quand j’entendais Dominus vobiscum, je pensais à vos biscômes et je me demandais de quel petit chien on parlait quand on répondait Et cum spiritu tuo.

Nous habitions non loin d’un passage à niveau. Je m’y arrêtais pour regarder la voie ferrée en direction du sémaphore, les yeux rivés sur les traverses et le ballast entre les rails : ça avait peut-être un rapport avec le fruit de vos entrailles du Je vous salue Marie. Pas facile de comprendre la religion catholique quand on est petit.

Il n’y avait pas que les énigmes de la religion. Mon père aimait chanter Sentiers valaisans, qui le mettait particulièrement en joie. Pas de souci tant qu’il s’agissait des sentiers de là-bas, de là-haut, sentiers conduisant vers un ciel toujours plus haut. C’est après que ça devenait incompréhensible pour mes cinq ans : oh ho, oh holio, oh ho, oh holio, etc. Un an plus tard, quand il a acheté sa première voiture, une Fiat 1100 TV (TV pour Turismo Veloce), une inscription sur le tableau de bord m’a livré un début de piste : Olio Fiat. Mais apparemment, ce n’était pas la bonne.

C’est ainsi que j’ai commencé à aimer les mots. Tout leur mystère ne s’est pas encore évaporé.