Capri, c’est fini

Début de la deuxième partie « Le christianisme, état des lieux », pages 105-109.

«Nous sommes, nous Européens maintenant vraiment une société sans Dieu. La religion ne joue plus aucun rôle. Il y a trente ou quarante ans, dans de très nombreuses parties de l’Europe, c’était totalement différent. Même dans des régions très conservatrices comme la Bavière, la vie familiale s’est complètement transformée. Depuis longtemps, le catholicisme n’a plus cette grande fonction dominante de régulation de la vie. Dans cette période historiquement très courte des libertés nouvelles que nous avons conquises, il y a un vide du sens que nous ne nous représentons pas clairement, sauf qu’il ne vient à l’idée de personne d’aller chercher des réponses à cela à l’église ou dans la religion. Nous les recherchons effectivement indépendamment d’elles.» [1]

Cela peut se faire en suivant l’air du temps, l’humeur du monde, ou en demandant des réponses aux philosophes qui, souvent, enseignent à vivre dans l’ambivalence. Dans Heimat, Reitz montre comment ces débats philosophiques se traduisent au niveau de la vie de tous les jours des gens ordinaires. C’est très exigeant, estime-t-il, mais cela peut devenir une source abondante de réalisations culturelles. Quoi qu’il en soit, souligne-t-il, plus personne ne songe à se tourner vers la religion. Elle est tombée en nullité de sens, en déshérence, et c’est l’aboutissement du parcours que nous avons retracé dans la première partie de ce livre.

Souvenons-nous. La philosophie s’est posée d’entrée de jeu en concurrente critique de la religion grecque. Son premier effort a été de mettre de l’ordre dans les croyances et les récits mythologiques. Plus tard, elle a proposé des doctrines qui avaient des implications morales claires, au sens où elles enseignaient comment vivre pour trouver la sérénité, la paix, le bonheur, autant d’éléments que, normalement, les religions promettent à leurs fidèles pour peu qu’ils observent scrupuleusement les prescriptions rituelles. Aucun athée parmi les philosophes de l’Antiquité, pas même chez les matérialistes, pour qui l’existence des dieux n’était pas douteuse : les dieux font partie du monde, leur existence est, en quelque sorte, coextensive au cosmos, au sens où ils sont nés en même temps que lui, tout en bénéficiant d’un statut d’immortels. Sans doute toutes les sectes philosophiques ne professaient-elles pas la même théologie : entre les stoïciens qui enseignaient que Dieu est partout, en tout et contrôle tout, et les épicuriens pour qui les dieux étaient des êtres parfaits qui vivaient dans d’autres mondes sans du tout se préoccuper de nous, il y a de la distance. Il n’empêche que, même «religieux» en un sens, les philosophes se posaient eux-mêmes en sauveurs, développaient des théories promettant une paix supérieure à celle qu’un «vain peuple» aux pensées non réglées cherchait tour à tour dans l’exaltation religieuse et les plaisirs sensibles.

C’est pourquoi la rencontre avec le christianisme a soulevé tant de difficultés, car voici une doctrine qui affirme que le salut n’existe qu’en Jésus-Christ, que tout le reste est vide et trompeur, que Dieu ravale toutes les divinités païennes au rang d’idoles sans plus de dignité et de pouvoir que la matière dont sont faites leurs statues.  «Étant la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l’or, à de l’argent, ou à de la pierre, sculptés par l’art et l’industrie de l’homme» [2], dit Paul aux philosophes athéniens. Les premiers intellectuels chrétiens vont néanmoins se servir de la philosophie pour articuler leur foi, la conceptualiser, développer des lignes de défense contre les critiques, écrire des apologétiques et se défendre contre un foisonnement de tendances divergentes et de contaminations — autrement dit d’hérésies.

On a ainsi fait de la philosophie à partir de la Révélation. Plutôt que de partir d’hypothèses humaines, forcément imparfaites, il était tentant de construire l’édifice de la connaissance en s’appuyant sur des vérités garanties par Dieu en personne. Qui dit mieux ? Et si on trouve des doctrines philosophiques compatibles avec la Vérité, on sera d’autant plus fort. C’est ce qui se passe avec la philosophie d’Aristote, dont saint Thomas d’Aquin fait en quelque sorte la doctrine scientifique de l’Église : elle complète merveilleusement la Bible, abordant les questions qu’elle ne couvre pas, sans contredire ouvertement ses enseignements théologiques. Le piège s’est refermé quand l’Église s’est mise à défendre l’héritage d’Aristote contre les connaissances nouvelles (l’affaire Galilée) en agissant comme si les écrits du Péripatéticien étaient parole d’évangile.

Certains en ont conclu que toute la doctrine chrétienne était dépassée et que seule la voie de la philosophie, relayée par la science moderne, restait praticable pour qui désire mener une recherche solide et une réflexion saine, pour qui veut, avec Descartes, «marcher avec assurance en cette vie». Laissant son tablier de servante de la théologie, la philosophie a donc revendiqué son indépendance pour s’occuper enfin d’autre chose que de salut, de théologie et de métaphysique. Elle s’est constituée comme discipline autonome, recherchant la connaissance et la compréhension de l’univers, favorisant l’observation du vécu, réfléchissant à la meilleure organisation possible de la société, se faisant en toutes choses précurseur de la science dont elle trace les premières esquisses.

La philosophie chrétienne, c’est fini, comme Capri pour Hervé Vilard. «C’était la ville de mon premier amour», mais «je ne crois pas que j’y retournerai un jour» [3]. La servante s’est libérée, elle s’est retournée contre son ancienne maîtresse pour essayer de lui faire la peau en détruisant ce qu’elle l’avait pourtant aidé à construire.

***

Pourtant, les philosophes ont beau proclamer que Dieu est mort, que la religion est l’opium du peuple, que c’est une sottise que de croire, ou une maladie de la pensée, le christianisme n’a pas disparu. Le pape fait encore la une de l’actualité à l’occasion de ses déplacements. Il attire parfois des foules de jeunes. Les questions religieuses sont toujours en débat. Les églises chrétiennes sont toujours là, même si la plupart des indicateurs sont préoccupants pour leur avenir. Et personne n’est indemne du passé chrétien de l’Europe: il a tellement imprégné les siècles passés qu’on ne les comprend plus si on ne le connaît pas.

Cela ne veut pas dire que le christianisme soit correctement compris. Il y a beaucoup de méprises à son sujet. Il y a des méprises sur ce que c’est que croire et sur le statut de la Bible comme texte inspiré. Il y a des méprises du fait que la pensée biblique a été transformée au contact de la langue et de la philosophie grecques. Et il y en a encore d’autres parce que l’Église, dans son histoire, s’est alliée aux pouvoirs politiques de toutes les tendances. Enfin, il n’est pas du tout certain que le christianisme aujourd’hui offre des perspectives plus satisfaisantes que les philosophes que j’ai discutés dans la première partie: comment, en effet, peut-on encore faire confiance à un mouvement dont le passé et le passif sont si lourds, et qui promeut une doctrine si décalée par rapport à notre époque?

Pour y voir plus clair, pour lever les méprises que je viens de mentionner, il faut clarifier quelques points fondamentaux, sans quoi on se condamne à n’y rien comprendre.

Le christianisme reposant sur la révélation biblique, qu’est-ce que la Bible, et comment faut-il comprendre son inspiration ?

Comment la pensée biblique a-t-elle été transformée au moment où elle a passé par le moule de la philosophie grecque, et pourquoi en a-t-il été ainsi ?

Comment le christianisme, d’abord persécuté, a-t-il pu devenir une religion obligatoire totalement intolérante à toute autre qu’elle ?

Le christianisme se réduit-il effectivement à ce que les hommes en ont fait tout au long de l’histoire ?

Et fournit-il une alternative valable aux morales qui nous sont proposées par les philosophes d’aujourd’hui ?

Mais commençons par dénoncer une première idée reçue.

© Jean-François Jobin 2010

Notes

 

  1. Ces propos sont d’Edgar Reitz dans le Tages Anzeiger du 13 décembre 1994. Reitz est l’auteur de Heimat 3, feuilleton télévisé qui raconte l’histoire de l’Allemagne depuis la chute du Mur de Berlin au travers de celle d’un couple. Avec la fin du communisme, deux peuples tombent dans les bras l’un de l’autre : c’est l’euphorie de la réunification, relayée par la victoire allemande lors de la coupe du monde de football en 1990. Mais ensuite, tous les concepts s’effondrent, l’ancienne vision du monde tombe en pièces.
  2. Actes 17.29.
  3. On m’excusera, je l’espère, cette utilisation un peu gamine de la chanson d’Hervé Vilard

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Introduction

Pages 9-13.

Parler de la vie et de la foi paraît hors de propos : qu’avons-nous à faire aujourd’hui d’une réflexion qui se réfère à la révélation chrétienne ? À l’opposé des États-Unis, où les élections présidentielles manifestent l’importance des valeurs religieuses, à l’opposé des pays où domine l’islam, l’Europe semble avoir tourné le dos à son passé chrétien et se cherche on ne sait trop dans quelle direction, hésitant à céder à l’ivresse d’une liberté tout de même angoissante par l’invisibilité de ses limites, désireuse d’un sens qu’elle attend des philosophes ou, à défaut, de ceux ou celles qui ne cessent de s’ériger en maîtres de sagesse tout disposés à communiquer le secret du bonheur. Les religions institutionnelles, autrement dit le christianisme, semblent avoir perdu toute pertinence dans les préoccupations des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

Pourtant, la préoccupation religieuse reste. Multiforme, imprévisible, loin des institutions. En Suisse, au moment où l’on se résout à supprimer des postes de pasteurs, 90 % de la population affirme prier régulièrement. Sur les tables des libraires s’empilent les ouvrages qui abordent la question religieuse d’une manière ou d’une autre. De toutes les manières même. Tel auteur écrit, littéralement, Contre Dieu, rejoignant cet autre qui estime que tout est bon dans le christianisme, sauf Dieu [1] ou celui qui, il y a quelques années, dénonçait «l’idole monothéiste». Michel Onfray veut opposer l’«athéologie» à la théologie; de son côté, Luc Ferry propose un «rapport laïque au christianisme» [2]. Le pape, enfin, voudrait voir la foi et la raison comme deux ailes qui permettent à l’homme de s’élever vers Dieu en évitant le Charybde du rationalisme athée et le Scylla de l’illuminisme exalté.

On n’est guère plus avancé puisque, quand Dieu n’est pas nié ou refusé, on le ramène à l’échelle humaine, ce qui n’est pas sans ironie après des siècles de critique de l’anthropomorphisme. À moins que, comme Benoît XVI ou Jean Paul II, on ne renoue avec une pensée de style thomiste, elle-même enracinée dans la philosophie d’Aristote, 400 ans avant Jésus-Christ.

Comment choisir entre ces divers courants ? Est-ce même possible ? Faut-il travailler avec ceux qui veulent rapatrier en l’homme ce qu’on aurait trop longtemps projeté sur un dieu imaginaire ou fantasmatique ? Poser avec d’autres la question des rapports entre Dieu et la science ? S’atteler à une lecture humaniste du christianisme ? Le dissoudre dans une spiritualité plus large ? Ramener la religion à une affaire strictement privée, la morale commune s’occupant du reste, l’obéissance à la loi, le respect des droits humains et la charité envers les démunis ? [3]

À mon sens, le rapport contemporain au divin se caractérise fondamentalement par la fuite. Beaucoup de ceux qui prétendent le thématiser s’efforcent bien plutôt de l’exorciser. J’aimerais pour ma part en parler autrement, persuadé que notre situation d’hommes est marquée par l’intrusion de l’absolu dans la trame de nos vies; c’est même à cette lumière que deviennent lisibles nos existences et, qui sait, les tragédies du temps. Cette conviction a grandi en moi depuis que j’ai vécu l’irruption de Dieu dans ma vie. Ce «coup de grâce» a bouleversé mon existence et renversé mes valeurs. Dieu merci, je ne m’en suis jamais complètement remis.

L’absence de vrai débat à propos du christianisme et de Dieu tient à ce que la foi chrétienne telle que je la comprends n’y trouve pas de défenseurs. Serait-ce qu’elle n’est plus défendable ? Je crois au contraire qu’il est temps de faire valoir le point de vue différent que je revendique, même si l’incroyance s’affirme comme seule capable de garantir des sectes et de propager la tolérance, dès lors que toutes les illusions se sont évanouies. Allons donc ! Si nous étions vraiment des individus cohérents, guidés par notre seule raison, nous ne croirions probablement plus à rien ni personne. Mais nous ne sommes pas conséquents ; la raison fournit à la demande tous les alibis nécessaires à justifier aussi bien nos passions que n’importe quelle position philosophique ou morale. Cioran l’a bien compris : «Lors même qu’il s’éloigne de la religion, l’homme y demeure assujetti; s’épuisant à forger des simulacres de dieux, il les adopte ensuite fiévreusement: son besoin de fiction, de mythologie triomphe de l’évidence et du ridicule.» [4] On ne compte plus les proclamations d’athéisme qui s’accompagnent d’attitudes superstitieuses dans d’autres domaines, le jeu, l’astrologie, l’idéologie, et même la prière.

Le XXe siècle nous a appris que tout est justifiable, puisque les deux grands totalitarismes ont justifié l’injustifiable. Le rationalisme s’y est si gravement discrédité que toutes ses affirmations doivent être réévaluées, à commencer par celles qui récusent la foi [5]. Il ferait mieux de se donner des règles de bonne conduite, à la manière des banques qui veulent s’interdire de nouer des relations d’affaires avec des clients suspects d’actions criminelles. Car, de même qu’on ne cesse pas de fréquenter les femmes du fait que certaines se prostituent, il n’est pas possible de renoncer à la rationalité quand bien même la raison s’est avilie jusqu’à justifier l’abomination nazie ou la servitude de peuples entiers au nom de l’idéal prétendument communiste. Où trouver le point de vue propre à instruire le procès du rationalisme en raison des crimes dont il a été l’alibi ? À quelle pierre de touche confronter la rationalité ? Sur quel critère invariable, sur quel pôle magnétique de la pensée notre raison pourrait-elle s’appuyer ? La réponse est toute prête : il n’existe rien de tel. La mienne aussi: c’est la foi chrétienne fondée sur ce que Dieu révèle de lui-même, mais comprise autrement que ce que la tradition chrétienne a généralement dit.

Je sais bien qu’une telle prétention est de nature à choquer tous ceux et celles qui estiment que la raison n’a de comptes à rendre qu’à elle-même et qui saluent comme une libération décisive le divorce qui a séparé la philosophie de la théologie. À la manière de Tertullien, mais pour des raisons opposées, ils pensent qu’il n’y a rien de commun entre Athènes et Jérusalem. Car la foi a mauvaise réputation. Je ne connais pas de philosophe qui lui reconnaisse un statut privilégié. Au mieux, elle est un degré inférieur de connaissance. Régulièrement en procès, on l’oppose à des adversaires dont on est sûr par avance qu’ils l’enverront voler dans les cordes. Victoire de la science contre la foi par K.-O. technique, victoire de la raison au premier round, victoire des Lumières sur la foi aveugle, de l’esprit critique sur l’esprit de croyance — on a presque honte d’assister à de tels combats tant ils semblent inégaux. La foi, ce serait l’illusion, la canne de l’aveugle, le refus d’ouvrir les yeux, d’user de sa raison, le refuge de l’autruche contre l’évidence, l’aliment premier du fanatisme et de l’intégrisme, le fonds de commerce de toutes les sectes. Hélas, on trouve sans peine des exemples propres à étayer chacun de ces jugements.

Loin de moi le projet de redonner crédit à des inepties, des sottises, des erreurs ou des mensonges pour réhabiliter la foi, mais la caricature masque un peu trop commodément le nerf de l’affaire. C’est pourquoi je demande qu’on essaie un autre point de vue. Héritiers de deux mille ans d’histoire du christianisme et de deux mille cinq cents ans d’histoire de la philosophie, nous avons non seulement le droit, mais le devoir de procéder à un inventaire des richesses, détresses, pertes et profits qui se sont accumulés. Pas question d’accepter d’emblée que tous ceux qui se disent chrétiens parlent valablement du christianisme ; pas question non plus de mettre au compte exclusif des chrétiens la suite des horreurs commises au nom de Dieu par des chefs politiques et militaires trop heureux de (ou trop trompés sur eux-mêmes pour) se servir du levier de la conviction religieuse pour galvaniser leurs troupes. Il est temps de penser autrement.

C’est avec le sentiment d’arriver tard que je propose ce livre tissé de réflexions intempestives, déphasées, sans solutions toutes faites, sans réponses à tout. Rendons à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui lui appartient. Même si César fait mine de servir Dieu. Et surtout si César se prend lui-même pour Dieu.

© Jean-François Jobin 2010

Notes

  1. Richard Rorty, dans un entretien à Construire no 49 du 4 décembre 1996.
  2. Luc Ferry, L’Homme-Dieu, ou le sens de la vie, Grasset, 1996, p. 243.
  3. Cf. Roland J. Campiche, Les deux visages de la religion — Fascination et désenchantement, Labor et Fides, 2004.
  4. E.M. Cioran, Précis de décomposition, Gallimard, coll. Idées, s.d., p. 7
  5. Le nazisme et le communisme stalinien ne se sont jamais présentés comme des religions (sauf en un sens dérivé), mais comme des positions rationnellement légitimées.

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Table des matières

La Sagesse ou la Vie. Le christianisme est-il soluble dans la philosophie ?

Introduction

I. UNE LONGUE HISTOIRE DE LA DÉSILLUSION
Philosophie populaire
De peu inférieur aux anges
Trois humiliations
Quand l’histoire a un sens
Quatre réponses (Ferry, Comte-Sponville, Onfray, Lipovetsky)
Perspectives critiques

II. LE CHRISTIANISME, ÉTAT DES LIEUX
Capri, c’est fini
Le Livre des livres
Nous sommes tous Grecs
De la communauté informelle à l’institution
Des témoins particuliers
Avant d’aller plus loin

III. PENSER LE CHRISTIANISME AUTREMENT
La foi et l’esprit critique
Briser les chaînes de la nécessité
Briser le miroir de la représentation
Tracer des chemins nouveaux

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Premiers retours des lecteurs

Parlant dernièrement avec quelques personnes qui ont terminé la lecture du livre, j’ai eu le plaisir de les entendre dire que les développements plus spécifiquement philosophiques ne les ont pas découragées. Elles ont continué de lire sans se laisser arrêter par les passages plus difficiles, même si, m’ont-elles dit, elles n’ont pas tout compris.
Renoir, La lecture (1890)

Je voulais écrire un livre accessible à un large public. À cet égard, je pense avoir réussi: il n’est pas nécessaire d’avoir étudié la philosophie pour me lire. J’ai également voulu imprimer une certaine dynamique au livre, quelque chose qui entraîne le lecteur plus loin, qui l’encourage à continuer. On est loin du thriller, mais il semble que ça fonctionne bien également.

La version imprimée est disponible

C’est en France que le livre a été imprimé et c’est en France que je l’ai fait livrer, chez des amis auxquels c’était l’occasion de rendre visite.

J’ai trouvé les livres soigneusement emballés par paquets de trois dans ces cartons. La qualité de l’impression et de la fabrication est excellente, tout à fait conforme à ce que j’espérais. C’est le moment de faire un peu de pub gratuite à copy-media.net pour leur beau travail.

Le stock est maintenant chez moi. Vous pouvez passer commande quand vous voudrez.

ABE et les ebooks… qu’en est-il de mon livre ?

Image tirée de l’émission TSR (RTS)

Ce soir 19 octobre 2010, l’émission de la TSR À bon entendeur a consacré quelques minutes aux liseuses électroniques et aux ebooks, concluant que les produits ne sont pas encore très faciles à utiliser, et cela pour trois raisons principales :

  1. Les trois liseuses évoquées (Kindle d’Amazon, Sony et iPad) n’acceptent pas toutes les mêmes formats.
  2. Les ebooks sont livrés avec des DRM (gestion des droits numériques) qui limitent le nombre de recopies autorisées, au point qu’on risque après quelques années de se voir privé du livre qu’on a pourtant acheté.
  3. On risque même d’acheter un ebook dans un format impossible à utiliser sur l’appareil que l’on possède.

Ce sont ces trois raisons qui m’ont fait choisir Smashwords comme diffuseur. En effet, les livres achetés sur Smashwords

  • sont disponibles dans différents formats parmi lesquels l’acheteur peut choisir celui ou ceux qu’il désire (PDF, Epub sans DRM, mobi pour l’application Kindle sur les liseuses autres que celle d’Amazon, format Sony…)
  • sont livrés sans chez Smashwords, donc sans limitation du nombre de recopies du fichier
  • sont téléchargeables autant de fois que l’on veut, et en changeant de format si nécessaire
  • peuvent être lus en partie avant l’achat éventuel; Smashwords recommande aux auteurs d’offrir la possibilité de lire gratuitement 50% du livre, ce que j’ai fait.

Ainsi, si vous payez les 9.99 dollars que coûte mon livre, vous ne risquez pas de vous retrouver dans les situations pénibles évoquées dans l’émission. L’absence de DRM constitue évidemment un risque, et c’est pourquoi la licence Smashwords en appelle à la responsabilité du lecteur :

Ce livre électronique est destiné exclusivement à votre usage personnel. Il ne peut être revendu ou donné à d’autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec d’autres personnes, veuillez acheter un exemplaire supplémentaire pour chacune d’elles. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté, ou s’il n’a pas été acheté à votre intention, nous vous prions d’acheter votre propre exemplaire à Smashwords.com. Nous vous remercions de respecter le dur travail de cet auteur.

Enfin, j’ai personnellement décidé d’aller plus loin en offrant la version ebook complète à tout acheteur de la version papier, qui aura dès lors la latitude d’offrir à la personne de son choix une version électronique qu’elle aurait achetée séparément. J’ai bien entendu Eric Marbeau, responsable de la diffusion numérique chez Gallimard, expliquer dans l’émission que l’adjonction des DRM aux ebooks avait été exigé par les auteurs, mais je ne suis pas certain que tous les auteurs publiés chez Gallimard partagent ce point de vue. Mes droits ne sont pas si mal protégés par Smashwords, qui me consent une marge bien plus importante que les éditeurs traditionnels, et qui ne me prive d’aucun de mes droits d’auteur; je peux republier le même texte sous la forme que je veux, chez qui je veux.

J’ajoute pour terminer que, dans quelque temps, mon livre pourra également être acheté directement sur Amazon (à un prix encore non fixé) et dans la librairie iBooks de Apple, dans ce cas sans DRM. Ma marge sera moins importante, mais encore raisonnable. C’est Smashwords qui s’occupe de la mise en place chez ces diffuseurs. Je posterai un billet ici quand ce sera fait.

Smashwords, une affaire qui marche

Voilà quelque temps que j’ai retravaillé la version ebook de La Sagesse ou la Vie pour en perfectionner le formatage et donner au livre des chances de figurer chez Amazon et dans le catalogue iBooks d’Apple. Ce formatage est une opération assez pénible, délicate, dans laquelle aucune fantaisie n’est permise du point de vue de la mise en forme. Le contenu n’a pas changé. Seules quelques coquilles ont été corrigées.

Lors du premier chargement, j’étais le onzième dans la file d’attente. Ce soir, je suis loin derrière en 364e position. Tout de même, le temps d’écrire et de corriger ce petit billet, j’ai déjà gagné 14 places.

Vérifications faites à l’issue du chargement, la version PDF fonctionne maintenant correctement, mais plus les versions Epub et mobi. Si vous avez un problème avec l’une de ces versions, demandez-moi de vous envoyer directement un fichier dans lequel les liens sont utilisables. Notez cependant que les notes se trouvant à la fin, c’est normal que vous ne puissiez pas les voir si vous n’avez pas la version complète. Mais les liens de la table des matières devraient normalement fonctionner pour la première moitié du livre.

Qui je suis ?

Voilà bien une question avec laquelle je ne suis pas toujours au clair. Si je dis que je suis né à Reconvilier chez ma tante Marie en 1951, vous aurez au moins une idée de mon âge et, pour quelques-uns, de la région où j’ai grandi. Tante Marie était sage-femme et ma famille aurait trouvé déplacé que je naisse ailleurs.

Je peux aussi, à la manière de Sartre, me définir par la série de mes actes ou, à défaut, de mes occupations successives. Écolier appliqué au bénéfice d’une solide éducation catholique, étudiant arrivé à la philosophie avec l’espoir de m’en défaire et de me comprendre un peu mieux, j’ai fait ma licence à l’université de Lausanne en travaillant en particulier sur Heidegger. Très vite, trop vite, j’ai enseigné la littérature française et la philosophie à Bienne. Les personnes qui croyaient que j’étais prof de sport parce que je travaillais dans un gymnase ont compris que ce n’était pas possible aussitôt qu’elles m’ont vu. Au gymnase français de Bienne, cette chère école qui m’a fait découvrir beaucoup de choses quand j’y ai moi-même étudié, j’ai enseigné pendant plus de 30 ans, et ce n’est peut-être pas terminé. Curieuse institution, dont le nom est triplement inexact : ce n’est pas un gymnase, mais un lycée ; il n’est pas français, mais suisse ; et la majorité des élèves sont des externes qui ne vivent pas à Bienne.

Ne pouvant me satisfaire d’une situation où j’aurais peut-être pu, année après année, répéter et perfectionner un même cours, j’ai essayé diverses voies, exploré des pistes différentes et veillé à rester attentif à ce qui se passait en dehors de l’école. Il y a eu d’abord, avec quelques amis, l’aventure de la revue Zomar, hardiment sous-titrée « Recherches et synthèses » pour dire quelque chose de plus clair que son nom. Elle m’a permis de tâter du journalisme culturel et de faire des rencontres extraordinaires, car nous avions résolu d’aller interviewer les auteurs dont nous parlions dans les douze numéros que nous avons publiés. Et ils nous ont reçus, écrivains, politiciens, chefs de presse, pédagogues, philosophes, de Joël de Rosnay à Edgar Morin en passant par Serge July, Jean-Pierre Dupuy, Henri Laborit et Maurice Clavel, pour n’en citer que quelques-uns. J’ai ensuite essayé la radio, tout en poursuivant un travail de photographe à la faveur duquel j’ai présenté deux expositions. Cela s’est traduit, à l’école, par des cours de photographie, puis de vidéo, avec la création d’une chaîne de télévision très locale, Bye TV. J’ai également fonctionné comme producteur en aidant à la réalisation de plusieurs films d’élèves, dont le plus abouti, MacGyser, a connu un joli succès. Après cela, appelé à diriger une formation de formateurs d’enseignants dans le domaine des médias, de l’image et des technologies de la communication, je me suis éloigné du gymnase pendant quelque temps, car j’avais aussi un mandat en relation avec les plans d’études de l’école obligatoire, qui m’occupe encore actuellement (je précise que je n’ai aucune part dans leur rédaction).

Mais par ailleurs — car il y a un ailleurs —, après avoir tenu des positions de sceptique curieux en philosophie et d’observateur goguenard par rapport à la religion, je me suis fais rattraper par la Grâce et, à 31 ans, retourner complètement dans mes options et mes croyances personnelles. J’ai raconté ce parcours dans La Poursuite du vent (1991). Il y a eu aussi le mariage et trois enfants : j’ai appris à vivre au quotidien avec quatre personnes exceptionnelles qui ont résolument bouleversé mon existence, et c’est tant mieux.

La Sagesse ou la Vie est le fruit d’une réflexion entamée en 1996 sur les questions qui me sont devenues incontournables : comment me situer et vivre avec cette double identité de philosophe et de croyant dans un monde qui tient majoritairement pour des fables et des mythes les éléments fondateurs du christianisme ? Suis-je simplement un homme qui a vécu l’essentiel de sa vie durant la deuxième moitié du XXe siècle ou y a-t-il dans ce que je crois quelque chose qui me confère une identité qui dépasse mon inscription socio-historique ? Le livre propose quelques éléments de réponse à ces questions. Je vous suggère d’y aller voir.

Parvenu le 1er août 2016 à la fin de mes obligations professionnelles, je peux enfin me définir comme  écrivain et travailler à mes projets.

Publications

Par ordre chronologique :

  • « Heidegger et la technique », in Studia philosophica, Annuaire de la Société suisse de philosophie, vol. XXXV, Verlag für Recht und Gesellschaft AG, Bâle, 1975, pp. 81-127.
  • Multiples contributions à la revue Zomar, Recherches et synthèses, Bienne, douze numéros, 1976-1979.
  • Trois chroniques radiophoniques pour le Deuxième programme de la Radio suisse romande, 1980: « Biologie sociale » – « Tolérance, indifférence, intolérance » – « Les dissidents en Occident ».
  • Que l’esprit de croyance peut être le plus critique. Exposé présenté dans le cadre des Entretiens de Bienne de l’Association Ferdinand Gonseth le 27 octobre 1984, publié ensuite dans les Actes du congrès dont le thème était « Esprit critique esprit de croyance ».
  • « Comment on devient chrétien quand on est professeur de philosophie », conférence présentée en 1985 et publiée dans Actes, revue trimestrielle de l’association A.C.T.E, 74e numéro, Genève, janvier 1986.
  • Quatre articles dans la revue Art de vivre, Bienne, 1989-1991: « Camus et le mal » – « Le sommeil de la raison » – « Rue de la Tour d’Ivoire » – « Vanités ».
  • La Poursuite du vent, PBU, Genève, 1991.
  • « Le corps, l’âme et la musique » in Genos 2, Philosopher avec Daniel Christoff, Lausanne, 1992, pp. 303-313.
  • « La mort dans notre humanité » in Sens de la vie, sens de la mort, Conférences de Lavigny nº 6, 1995, pp. 7-26.
  • Dix-huit articles dans le magazine Certitudes, Bevaix, 1990-2006: « Les planètes et l’Étoile du matin » – « Les loisirs, la vraie vie? »  – « La liberté contre la nuit » – « L’apprentissage de la solitude »- « La part manquante » – « À qui la faute? » – « L’arbitraire et le n’importe quoi » – « L’humanisme et le sens des nuances » – « Tenir la distance » – « Comment peut-on être philosophe? » – « La rue et l’académie » – « Le barbare en nous » – « Ne pas se tromper de piège » – « Sur le pari de Pascal » – « Socrate: Nul n’est méchant volontairement » – « Le corps sportif » – « De la distraction » – « Les trois mondialisations ».
  • « Le temps des images » dans L’Éducateur, Martigny, 2/2004.
  • Participation à la rédaction d’un guide éthique des MITIC pour trois articles : Pourquoi un guide éthique des MITIC (en collaboration avec Dominik Petko); L’éthique et le droit d’auteur (en collaboration avec Louis-Joseph Fleury) et Consommation, marketing, publicité. Le guide a été mis en ligne sur www.educaguides.ch en septembre 2006.

Lisez gratuitement la moitié de mon nouveau livre

Mon nouveau livre La Sagesse ou la Vie. Le christianisme est-il soluble dans la philosophie? vient de paraître chez Smashwords. Il s’agit d’une édition numérique, gratuite pour la première moitié du livre, payante si vous voulez le livre entier ($9.99), que vous pouvez télécharger ici. Voyez également mon profil chez Smashwords.

Le livre peut être lu sur presque tous les ordinateurs et smartphones actuels : il est disponibles aux formats .mobi (l’application Kindle d’Amazon est disponible pour les ordinateurs, iPhone, etc.), Epub (Stanza sur iPhone ou iPad, mais aussi le logiciel Adobe Digital Editions pour PC et Mac), PDF, RTF, LRF (lecteur Sony), Palm Doc (smartphones Palm), etc. Selon mes tests, les résultats obtenus avec les formats mobi et Epub sont bons. La lecture sur iPad avec Stanza est très agréable.

Le livre contenant une table des matières détaillée et près de 400 notes (399 exactement): c’est mieux si les liens fonctionnent correctement. Le PDF a un formatage minimaliste qui le rend moins agréable à lire. Quant aux modules de lecture en ligne de Smashwords, à mon avis, ils permettent tout juste de se faire une première idée.